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crime festif

Série Balthazar

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titre et couverture
provisoires

Chapitre 1

Noelle remarqua immédiatement le nouveau venu. Avec ses cheveux bruns attachés en queue de cheval, dont quelques mèches rebelles s’échappaient, sa barbe bien taillée et ses yeux dorés, il attirait l’attention. Le regard de l’homme balaya la salle avant de s’attarder sur le visage de la jeune femme qui se sentit rougir. Durant toute sa scolarité, elle avait subi des remarques désobligeantes sur ses formes et, après l’adolescence, elle avait fréquenté très peu d’hommes et aucun ne l’avait fait se sentir belle. Gênée d’avoir été surprise à l’observer, elle baissa les yeux et entreprit de se remettre à son travail. Jo, la patronne de la winstub (brasserie alsacienne) l’avait déjà remerciée à plusieurs reprises pour son efficacité, mais ne manquerait pas de lui faire remarquer sa lenteur si nécessaire. Noelle attrapa une éponge et entreprit d’aller nettoyer les tables pour s’occuper et se donner de la contenance.

– Bonjour mademoiselle, l’interpella une voix chaude et douce.

Le cœur de la jeune femme cognait fort dans sa poitrine lorsqu’elle leva les yeux. Un sourire désarmant l’accueillit quand elle se retrouva face à l’inconnu.

– Je suis Balthazar Hartmann, je viens de m’installer dans le village.

– J’ai entendu parler de vous, les nouvelles vont vite ici, balbutia-t-elle tout en se maudissant de son manque de confiance en elle. Vous désirez quelque chose ? poursuivit-elle en omettant de se présenter.

– Vous avez du chocolat chaud ?

Surprise par cette demande inhabituelle, Noelle se mit à sourire malgré elle.

– Sinon je prendrai un café, proposa Balthazar, se méprenant sur sa réaction.

– Non, non, nous en avons, c’est juste qu’en général on me demande plutôt une bière ou un café. A vrai dire je ne me rappelle même pas qu’une personne de plus de dix ans m’ait un jour commandé un chocolat chaud.

– C’est que je ne suis pas comme tout le monde.

Noelle se retint d’acquiescer vivement. Il était clair que ce monsieur Hartmann était différent des hommes qu’elle côtoyait. Elle s’entendait bien avec les habitants du village et personne ne lui avait ouvertement manqué de respect, mais elle avait surpris quelques remarques déplacées sur la couleur de sa peau caramel, héritée de sa mère mauricienne, et sur ses formes pourtant pas si généreuses. Ses yeux d’un brun profond fixèrent Balthazar.

– Qu’est-ce que vous êtes venu faire ici à Saint-Nicolas des lumières ?

– Respirer le calme du grand air.

– Pour ça vous allez être servi ! Difficile de faire plus calme qu’ici.

– Ne l’écoutez pas, nous sommes certes un petit village, mais nous n’en sommes pas moins actifs. Vous verrez, il se passe plein de choses ici.

Noelle, toute absorbée qu’elle était par le nouvel habitant, n’avait ni vu ni entendu Graziella entrer dans la winstub. Pourtant elle avait pour habitude de faire en sorte que les gens la remarque. Et évidemment elle avait fondu directement sur Balthazar, l’occasion était trop belle de se mettre en avant. Noelle rendit les armes face à la grande et belle quadragénaire qui lui faisait face. Elle connaissait le personnage et savait qu’une fois qu’elle avait accaparé l’attention de sa proie, elle ne la lâchait pas. La jeune femme prépara donc rapidement un chocolat chaud qu’elle déposa devant Balthazar, puis sortit discrètement de derrière le bar et rejoignit une table pour discuter avec des habitués. 

Balthazar, quant à lui, n’était pas forcément ravi d’apprendre que le village était animé. Il avait choisi sa maison précisément ici pour le calme environnant vanté par l’agent immobilier qui lui avait promis un village où il ne se passait jamais rien. Peut-être aurait-il dû ne pas le croire sur parole et se renseigner avant d’investir.

– Je me présente, poursuivit la femme en tendant une main ferme à Balthazar, Graziella Meister, je suis adjointe au Maire de la commune.

– Balthazar Hartmann, répondit-il en lui serrant la main. 

– C’est peu commun comme prénom.

Il faillit rétorquer qu’elle n’était que la millième personne à le lui faire remarquer, mais renonça. Lui il l’aimait son prénom peu commun.

– J’ai entendu dire qu’il y avait un nouvel habitant au village. C’est donc vous qui avez acheté la maison des Guth, celle tout au bout de la rue des demoiselles, à l’angle ?

C’était une question qui n’en était pas vraiment une puisqu’elle savait déjà tout.

Balthazar, du haut de son mètre quatre-vingt-quinze, observa la femme qui s’était plantée devant lui. Elle était grande, bien que mesurant une vingtaine de centimètres de moins que lui, et ses cheveux noirs coupés très courts donnaient à son visage clair un air sévère qui tranchait avec le grand sourire qu’elle affichait. Sa tenue très BCBG montrait l’importance qu’elle accordait à son apparence. Balthazar reconnaissait qu’elle n’était pas désagréable à regarder et que son style vestimentaire la mettait en valeur, mais elle n’était pas du tout son genre. Et l’idée qu’à peine arrivé il soit le point de mire et que tout un chacun sache où il habite le mettait mal à l’aise.

– Oui, en effet, c’est moi, à moins que nous soyons plusieurs nouveaux arrivants.

Graziella gloussa de façon excessive comme si elle venait d’entendre une bonne blague.

– J’adore les hommes qui ont de l’humour ! s’exclama-t-elle.

De loin, Noelle, qui écoutait leur conversation d’une oreille, failli préciser qu’elle aimait les hommes tout court, enfin tous les hommes qui étaient en pamoison devant elle, et ils étaient nombreux.

– Alors comme je vous le disais, Saint-Nicolas est un village très vivant. Vous allez d’ailleurs pouvoir le constater très bientôt avec l’installation des fastueux décors de Noël prévus par le Maire.

Balthazar, qui décela une pointe d’ironie dans sa voix, manqua de s’étrangler en apprenant que ce village soi-disant tranquille allait devenir une attraction touristique, mais ne releva pas. Avoir connaissance des projets du maire ne l’enchantait guère. L’idée de voir autant de monde pendant plusieurs semaines alors qu’il aspirait au calme le fatiguait d’avance.

Noelle, qui avait entendu la remarque, leva les yeux au ciel. Décidément cette femme ne doutait de rien. Elle s’était opposée à ce projet pendant des semaines et voilà qu’elle le vendait presque comme si c’était elle qui en avait eu l’idée. La jeune serveuse soupira puis s’éloigna pour nettoyer les deux tables qui s’étaient libérées.

– Cela va être grandiose d’après lui.

– Vous n’avez pas l’air convaincue, l’interrogea Balthazar.

– Pour être honnête, j’étais contre ce projet pour des raisons purement financières, mais il a été voté, alors autant qu’il soit une réussite. Et d’après monsieur le maire les gens viendront de toute l’Alsace pour profiter des décorations et du marché de Noël de Saint-Nicolas. En espérant que la multiplicité des festivités dans de nombreux villages alsaciens ne dilue pas les touristes. Mais nous verrons bien.

Balthazar aurait parié qu’elle espérait intérieurement que le marché de Noel serait un échec, ne serait-ce que pour damner le pion au maire. Mais sur ce coup là il rejoignait le camp de l’adjointe au maire, même si ces raisons divergeaient des siennes.

Super, pensa Balthazar dépité.

– Et si ça ne marche pas ? Si les touristes ne viennent pas ? demanda-t-il plein d’espoir.

– Vous n’y pensez pas ! C’est tout juste si Eric ne l’a pas annoncé sur les chaines nationales.

Balthazar devina qu’il devait s’agir du prénom du maire.

– Il a voulu le mettre en place avant Neubourg. C’est le village voisin, présisa-t-elle. Les hommes de pouvoir se comportent comme des animaux, vous savez, ils marquent leur territoire. 

Noelle, qui continuait à les observer du coin de l’œil depuis le fond de la salle, croisa le regard de Balthazar et esquissa un sourire timide. Il essayait tant bien que mal de déguster son chocolat au calme, mais l’adjointe au maire en avait décidé autrement. 

– Ne me dites pas que c’est ce que je crois ? s’écria soudain Graziella en réalisant ce qu’il buvait. Un homme alsacien digne de ce nom ne peut pas boire un chocolat. Noelle, viens nous servir deux bières.

Balthazar détestait ce type de remarques clichées et se retint de lui dire qu’un homme digne de ce nom n’avait pas besoin de boire de l’alcool pour être un homme.

La jeune serveuse retourna derrière le bar à contre coeur.

– Tu veux quoi comme bière ? demanda-t-elle d’une voix trainante.

– Mets nous deux blonde Boum’R. Vous verrez elle est légèrement fruitée et bien houblonnée, c’est une brasserie près de Colmar qui la produit.

– Pas pour moi, merci Noelle, fit Balthazar à la jeune femme alors qu’elle déposait un premier verre. Je vais rester au chocolat.

– Allons donc, un homme comme vous, grand et baraqué, ça boit de la bière ! lança Graziella en agrémentant ses paroles d’une tape sur l’épaule qui fit grimacer son interlocuteur, peu adepte de ce genre de familiarité avec des gens qu’il connaissait à peine.

Cette fois-ci Balthazar ne put se retenir, mais tenta d’inspirer profondément avant de lui répondre afin de le faire le plus calmement possible.

– Je ne sais pas ce que sont sensés boire les hommes “comme moi”, mais moi je n’aime pas la bière, asséna-t-il un peu sèchement.

- Vous préférez peut-être une brune, ajouta-t-elle avec un clin d’œil, sans tenir aucun compte de son agacement.

- Je n’aime aucune bière, ni blonde ni brune, finit-il par dire, espérant ainsi clore cette discussion..

- En Alsace, comment est-ce possible ?

Balthazar ne sut quoi répondre à une telle idiotie. Il se demandait quel était le rapport entre son gabarit, le fait d’être en Alsace et la bière.

- Bon, sinon, dites-moi tout, vous faites quoi dans la vie ?

- Je suis scénariste, répondit-il machinalement, ravi de changer de sujet.

- Fantastique ! Et dans quel domaine ?

- Les séries policières.

Soulagé de pouvoir changer de conversation, Balthazar avait une fois de plus répondu spontanément. Mais il le regretta immédiatement. Sa rapidité l’avait amené à faire la même erreur qu’avec Maddie, la jeune femme qu’il avait rencontré lors d’une murder party avant d’emménager à Saint-Nicolas des Lumières. Et il avait le mauvais pressentiment que cela allait encore se retourner contre lui.

- Fan-tas-tique ! C’est très excitant. Alors, vous avez écrit quoi ? Des épisodes de César Wagner ? De Profilage ? Des séries qui se passent en Alsace ?

Balthazar cherchait désespérément une idée pour se sortir du pétrin dans lequel il s’était fourré. 

- Ce sont des petites séries pas très connues et puis je fais aussi de la relecture, rien de bien passionnant, improvisa-t-il. Ca me permet de travailler à distance.

- Vous êtes un modeste, j’adore ça chez les hommes, quand ils ne se croient pas obligés d’en rajouter pour se donner de l’importance.

Balthazar se retint de lui notifier qu’il n’en pensait pas un mot et qu’au contraire il l’imaginait davantage attirée par les hommes puissants et charismatiques. 

- Je vais devoir vous laisser, j’ai un rendez-vous à la mairie, mais on se revoit bientôt Balthazar.

Son interlocuteur se contenta d’un hochement de tête et soupira dès que Graziella eut franchi la porte de la Winstub.

 

Balthazar se demanda s’il aurait droit à un peu d’intimité où si chaque aspect de sa vie serait désormais scruté. Si c’était le cas, il ferait probablement mieux de fuir dès maintenant avant que son petit secret ne soit découvert.

N'hésite pas à me dire si tu aimes le début du roman
et si ça te donne envie de lire la suite. Bonne lecture

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